Histoire des arts : Art et mémoire

Publié le par M.Duchemin

arts du visuel                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 Histoire des Arts   L'oeuvre d'art et la mémoire                                                                                                   

 

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Boltanski ChristianVitrine de référence, 1971

Boîte en bois peinte sous plexiglas et contenant : photos, cheveux, bribes de vêtements de l'artiste, échantillon de son écriture, page de son livre de lecture, entassement de 14 boulettes de terre, un piège composé de trois objets faits de morceaux de tissu, fil de fer, épingles.

Bois, plexiglas, photos, cheveux, tissus, papier, terre, fil de fer

 

Domaine  auquel appartient l’œuvre, techniques de production de l’œuvre:

 

Si l'œuvre de Christian Boltanski appartient au registre le plus contemporain de l'expression plastique par la multitude des matériaux employés, la pâte à modeler, le carton ondulé, la photographie ou des objets trouvés, l'artiste revendique néanmoins une filiation avec la peinture traditionnelle qu'il a pratiquée à ses débuts. Selon lui, la peinture se caractérise non pas par l'habileté de la main, mais par sa vocation religieuse et son pouvoir sacré. C'est dans ce sens que toute l'œuvre de Boltanski peut être perçue comme la continuité de la tradition picturale : en tant qu'elle interroge lareligiosité de .


Contexte historique et culturel:

 

En 1972, Christian Boltanski participe à la Documenta dans la section « Mythologies individuelles ». Ce concept fédérateur, forgé par cette figure pionnière et charismatique que fut Harald Szeemann, regroupe de nombreux artistes dont l’œuvre se constitue à partir de son expérience personnelle et d’éléments tirés de sa biographie. Une nouvelle façon d’organiser le monde comme la « tentative de chacun d’opposer son propre ordre au grand désordre » (H.S.).


Eléments constitutifs:

 

Tous les objets qu'il convoque dans ses dossiers, ses livres, ses collections, au-delà d'apparences modestes, confinant parfois à la dérision, sont les dépositaires d'un souvenir qui leur procure un fort pouvoir émotionnel. Qu'il présente ces objets sous forme de vitrines, d'archives, de réserves ou simplement d'expositions, il les met en scène dans l'espace, mais aussi dans le temps. Chaque objet nous replonge à sa manière dans le passé : le passé personnel, réel ou fictif, dramatique ou comique, de l'artiste, le passé d'un objet, ou le passé de l'humanité entière. Ce sont des reliques.

Toutes les œuvres nous isolent du moment présent pour nous transporter dans un espace de méditation, voire de recueillement pour les pièces des dernières années qui s'articulent autour du thème de la mort. Même les séries comiques comportent un caractère grinçant qui évoque l'idée d'un règlement de compte avec des événements passés encore pesants dans la mémoire. Ces œuvres comiques interrogent la mémoire individuelle, tandis que les œuvres qui traitent de la conservation des documents, dans le musée ou les centres d'archives, interpellent la mémoire collective.
Ainsi, toutes les œuvres de Boltanski travaillent sur le souvenir, du souvenir d'enfance au souvenir des défunts, de l'histoire personnelle à la grande histoire.

 

Dans le prolongement des thèmes de la reconstitution de la vie et de l'autobiographie de l'artiste, Christian Boltanski réalise plusieurs vitrines où il expose des objets personnels comme des reliques ou des éléments issus de fouilles archéologiques témoignant de civilisations perdues. Avec ces œuvres, Boltanski parodie notamment le Musée de l'Homme, lequel, dit-il, l'a beaucoup marqué : on y voit, dans des vitrines un peu poussiéreuses, des objets à l'origine sans vocation esthétique, des objets qui sont des documents plutôt que des œuvres, des objets auxquels le musée a retiré leur valeur d'usage. Christian Boltanski définit d'ailleurs les musées comme « des lieux sans réalité, des lieux hors du monde, protégés, où tout est fait pour être joli ». Ce sont des lieux hors du monde de l'action, ni réels, ni irréels, et qui communiquent cet étrange statut aux objets qu'ils renferment.

En présentant quelques-uns de ses effets personnels dans une vitrine, l'artiste applique à sa propre vie ce processus à la fois conservateur et mortifère.


Liens possibles avec d’autres œuvres:

 

 

Etienne MARTIN : Le manteau . 1962

Louise BOURGEOIS : Precious Liquids, 1992

 

 

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